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Friday Night at Tonsina

Kenny Lake, 16 octobre

Une nouvelle activité vient s’ajouter à ma réputation de « Jack of all Trade » : barmaid. Nouveau job, nouvelle expérience, nouvelle histoire.

Le Tonsina River Lodge  (notre QG local pour la douche, la lessive, le coup à boire et la vie sociale)  est tenu par une famille de Biélorusses extraordinaire (dont je reparlerai). Un couple, un frère et un fils, débarqués de Los Angeles il y a 2 ans à peine pour se lancer corps et âme pour faire fortune dans un business de Far West, loin de tout mais si proche des Hommes.

Le Tonsina est un haut lieu dans l’histoire des pionniers d’Alaska. Durant la Grande Epoque des chercheurs d’or et trappeurs (1920’s), les routes étaient parsemées tous les 40-80km de « Roadhouses », bars faisant office de restaurant, hôtel, épicerie, lien social… Des lieux vitaux aussi bien pour les voyageurs de passage que pour les locaux, dont certains arrivaient en chiens de traîneau après plusieurs jours de voyage pour venir chercher des provisions et bavarder un coup après avoir passés des mois sans avoir vu âme qui vive. Le Tonsina a donc une âme et même si une nouvelle construction a été bâtie, chacun sait ici que Charly -le fantôme de Tonsina- hante encore l’ancienne bâtisse*.

Chaque vendredi soir au Tonsina, c’est soirée Poker et côtes de porc-barbecue à volonté pour 10$. Les joueurs et les affamés font plusieurs dizaines de kilomètres pour miser leur 20$ et boire quelques bières entre amis. Micha, le fils Biélorusse, quitte son habituel poste de barman pour se joindre au jeu. Il embauche spécialement une étudiante pour le remplacer. Sauf que parfois, celle-ci n’est pas disponible. Voilà pourquoi je me retrouve derrière le bar ce soir. Peut être bien la première barmaid de l’histoire du Tonsina qui n’y connaît rien aux boissons et ne boit pas une goutte d’alcool (enfin presque !)…

Début de soirée à 18H. En cinq minutes à peine, Micha m’a tout expliqué. Bonne élève, je prends des notes pour me rappeler les mélanges inconnus et le prix des boissons. A peine le temps de me familiariser que la « Team » débarque. La Team, c’est une équipe qui travaille sur l’entretien de la pipeline : l’oléoduc via lequel transit le pétrole, qui traverse sur 1300km l’Alaska depuis Prudhoe Bay (à l’extrême Nord) pour rejoindre le port de Valdez (au Sud), avant d’embarquer sur des cargos et rejoindre les States… Le plus gros business de l’état. Cette équipe d’une dizaine de barbus aux gros bras travaille 1 mois d’affilé sur une zone, 7j/7 et est nourrie logée au Tonsina. Ce sont eux qui font vivre le business à cette époque de l’année.

Toutes les chaises du bar sont occupées. Je jongle entre bières, vodkas, whiskys, sourires. Chaque client à sa note qu’il paye à la fin. Les tips (pourboires) payent bien ma soirée. Ici on ne compte pas pour la boisson. Clarins, un « natif » d’origine esquimaude m’apprend un peu de sa langue : Merci se dit Kyuana. Mais 15 bières plus tard, difficile d’avoir une conversation. La Team accoudée au bar joue bruyamment au poker avec les numéros inscrits sur les billets de 1$, les vrais Pokermen, jouent silencieusement au fond de la salle sur une table, venant se ravitailler le temps d’une pause. Match de rugby sur écrans géants, sur fond de musique Rock. Bonne ambiance. Pas de femme. Enfin si, une, qui se fait payer des bières par la Team, en échange d’un massage de la nuque (son mari déjà saoul trouvant qu’elle a trop bu). Derrière le bar, on voit tout. J’apprends vite qu’on n’attend pas du barman qu’il parle mais qu’il écoute. Ça m’arrange…

Un type de l’équipe passe la soirée dans l’ancienne bâtisse. Il traque Charlie le fantôme. La baraque toute tordue, encore meublée à l’intérieur de tables, lits, chaises poussiéreux, ressemble de nuit à un film d’horreur. De temps à autre, le gars vient au bar pour prendre une bière, bonnet sur la tête et frontale allumée. – « Did you see something ? » A chaque fois, il prend un air mystérieux et me dit que je n’ai qu’à venir voir par moi-même. Le gars a déjà effrayé trois potes venus voir ce qu’il trafiquait. Il raconte tordu de rire qu’il se cache sous un vieux drap et sors en criant au moment ou quelqu’un passe dans une pièce. Le genre de blague à me faire mourir d’une crise cardiaque. Je décide que j’irai voir la bâtisse hantée un autre soir, accompagnée d’un grand gaillard courageux…

23H. La team un peu (beaucoup) bourrée est partie se coucher. Elle doit se lever à 5H pour une nouvelle journée. Ces types sont sympas. J’ai passé une bonne soirée, nettement moins pire que ce que je croyais. Ça m’a permis de rencontrer de nouvelles têtes, de connaître un peu mieux le coin et d’apprécier encore davantage cette région du bout du monde et ces gens si uniques qui osent y vivre.  

dscn5146.jpg L’apprentie Barmaid en fin de soirée. Dommage, je n’ai pas osé prendre en photos les accoudés au bar. Il y avait pourtant de beaux portraits à faire…

*On m’a offert un bouquin passionnant sur l’histoire et les anecdotes de ces Roadhouses locales… A ceux que ça intéresse, faites moi signe pour que je vous le prête un jour! 

Dans : Non classé
Par judithpuzzuoli
Le 16 octobre, 2010
A 7:16
Commentaires : 0
 
 
 

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