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Vivre et grandir au coeur de l'Alaska

 

Dog mushing and cutting wood

Kenny Lake, 6 février 

Pour ceux qui viennent de lire le texte précédent, voici une petite aventure qui nous est arrivée il y a quelques jours en allant chercher du bois avec les chiens… C’est un peu long, mais vous aurez toute l’histoire !

Vendredi 3 février, 22° sortie traîneau de la saison. Je continue de noter chaque sortie dans mon « carnet de musheuse ». Matt est allé en forêt la veille en raquettes pour ouvrir la piste et a repéré un coin avec plein de troncs morts, coupés hauts. J’appelle ce site le « Haw’s nest Bluff ». C’est depuis ce point de vue sur la Copper vallée que nous avons découvert l’été dernier un nid de faucon, à environ 3.5km de la maison. Nous décidons d’aller y couper du bois avec 6 chiens.

Le temps est parfait : grand ciel bleu, tout juste une petite brise,-1°C, une neige un peu collante. Avec nous, Magellan et Loogy en leader, Doc et Muskee en swing, Dewy et Chewy en wheel. Il a neigé10 centimètresdans la nuit et nous décidons d’y aller avec les Boys, car il va leur falloir de la force pour damer la piste à nouveau et ramener la cargaison de bois. Magellan, la seule fille, est le cerveau de la bande.  

Tall Matt est assis dans le sled et je suis au contrôle, debout à l’arrière sur les patins. Je regrette déjà d’avoir oublié l’appareil photo car notre équipage est plutôt drôle à voir. Malgré la neige fraîche, nous avançons bien. Les virages secs sont difficiles à prendre avec le poids de Matt dans le sled et nous nous renversons une ou deux fois. On essaye alors d’être tous les deux sur les patins à l’arrière, mais il y a peu de place pour les pieds et je décide finalement de m’asseoir dans le sled. Les branches chargées de neige s’écrasent sur ma figure et je me retrouve couverte de neige en un rien de temps, jusque dans le cou. Les chiens sont super heureux. Ils aiment une bonne balade bien crevante et n’arrêtent pas d’aboyer dès que l’on s’arrête pour leur donner le temps de reprendre leur souffle.

La seconde partie du chemin est plus délicate. Il n’y a eu qu’un passage en raquettes et la neige est profonde. Les chiens s’enfoncent jusqu’à mi-pattes et le moindre écart sur le côté les fait s’enfoncer carrément jusqu’au cou. Matt passe alors devant en raquettes pour ouvrir la piste. Nous avançons lentement mais ça donne une motivation aux chiens et nous le suivons de près. Nous nous arrêtons tous les100 mètrespour que les chiens reprennent leur souffle. La neige collante s’accroche au traîneau ce qui le rend plus lourd et moins manœuvrant. 

Arrivés au Bluff, Matt fait une boucle pour que nous puissions faire demi-tour. Là, la neige est totalement fraîche et nous avançons avec difficulté. Je marche derrière le traîneau et m’enfonce jusqu’aux genoux. Nous trouvons un coin pour attacher le traîneau à un tronc et réorganisons l’emplacement des chiens pour qu’ils ne puissent pas exercer de force sur le sled (et se faire la malle sans nous !). Il leur faut toujours un moment avant de comprendre qu’on va faire une longue pause. Je leur donne alors un snack de saumon bien mérité.

Le temps d’arriver au bluff, la météo a radicalement changée : nous sommes à découvert, face à la vallée et le vent souffle par bourrasques violentes. La vue sur les montagnes est totalement bouchée par un dense mur de neige. Une barrière invisible le fait s’arrêter juste de l’autre côté de la vallée, mais le vent nous apporte déjà quelques flocons et ce front neigeux nous arrive droit dessus.

 Nous décidons toujours de couper du bois car nous en avons vraiment besoin. Tandis que je transporte les bûches coupées jusqu’au traîneau, je vois littéralement arriver sur nous ce mur de neige. En quelques minutes, nous nous retrouvons en pleine tempête de neige ! Un vent à vous bousculer, des flocons glacials (de la taille d’une pièce de monnaie) qui fouettent le visage et une visibilité réduite. Le pique-nique que nous avions prévu attendra le retour ! Les chiens, excités par ce temps ne demandent qu’à rentrer eux aussi.

 Avec notre chargement, nous sommes trop lourds pour être à deux sur le sled. Matt passe devant en raquettes et je le suis, bien contente de retrouver l’abri naturel de la forêt. Ici commence la galère : le traîneau avec sa cargaison de bois humide et couvert de neige, plus moi dessus, doit peser dans les 160kg ! La neige est collante et pas encore bien damée… les chiens fatigués de leurs efforts à l’aller. Dès le premier virage, le sled s’en va tout droit, le nez quittant la piste étroite pour aller s’enfoncer dans la neige profonde. Je cris aux chiens « Everybody ready !? All right !», tout le monde tire mais le sled ne bouge pas d’un pouce. Nous sommes bloqués. Après plusieurs essaient pour motiver les chiens en poussant de toute mes forces sur le traîneau pour les aider, rien n’y fait. Je passe à l’avant du sled, dégage de mes mains le surplus de neige collée dessous et tire sur l’avant pour ramener le traîneau vers la piste. Après de pénibles « Ho Hisse ! » et toute la force de mes petits bras, il finit par bouger. Je grimpe sur le traîneau, pousse un bon coup tandis que les chiens tirent comme des mules et nous revoilà sur la piste. Ouf !

 Seulement je ne suis pas sortie d’affaire… Il y a des virages partout sur ce chemin! Et presque chaque virage me vaut une sortie de piste et son lot d’efforts ! Je suis trempée (jusqu’à la culotte) de m’être assise dans le sled à l’aller, de cette neige humide qui s’infiltre partout, de sueur… J’ai froid, j’ai faim, j’en ai plein le dos ! La maison est encore à plus de 2km et nous avançons comme des escargots.

 Matt me réconforte en me disant que ça le vrai mushing ! Un temps pourri, une neige fraîche, un sled bien chargé ! Que c’est comme ça qu’on apprend à devenir bon musheur. Ok ! Je ris jaune et continue.

 Je décide quand même après un énième virage raté de me décharger un peu. Je retire une belle grosse bûche en me promettant de la récupérer plus tard… ça va un peu mieux mais franchement je n’ai plus de force pour guider le traîneau. Matt me propose les raquettes et de continuer avec les chiens.

 J’enfile les raquettes et dit à Matt de passer devant et ne pas m’attendre car je vais prendre mon temps. Ces raquettes sont vraiment larges et longues et me font marcher en canard. Mais surtout, la neige vient se bloquer dessous par gros paquets et force à s’arrêter tous les20 mètrespour retirer les blocs de glace accrochés aux crampons. Trop galère, autant marcher sans ! Mes pieds s’enfoncent jusqu’aux chevilles et la marche est laborieuse mais au moins j’avance !

 Un quart d’heure plus tard, je retrouve Matt qui m’a attendu. Il me propose de grimper sur le sled ! Pauvres chiens ! On avance un peu mais au premier virage, on s’enfonce dans la poudreuse. C’est bon, je peux marcher, ça va juste prendre du temps ! Mais Matt est décidé à rentrer avec moi et après réflexion se met à balancer le chargement de bois sur le côté ! Je le vois comme un échec de rentrer bredouille, mais suis contente de ne pas avoir à marcher toute cette distance trempée, gelée, affamée et fatiguée ! J’arrive même à blaguer en pensant à la bonne douche chaude qui nous attend en rentrant ! (Nous n’avons pas de douche…)

La récompense : un pique-nique gargantuesque dont des toasts au foie-gras (ramené de France) ! J’enfile mon pyjama et décide de squatter le canapé le reste de l’après midi. Quant au bois, je l’ai récupéré le lendemain, en empruntant une piste gelée et bien damée. A piece of cake !

 

Dans : Non classé
Par judithpuzzuoli
Le 10 février, 2012
A 5:58
Commentaires :1
 

1 Commentaire

  1.  
    creteau nelly
    creteau nelly écrit:

    salut Judith,

    quand je pense que nous, on est bloqués avec 10 petits centimètres de neige en Normandie !
    c’est un régal de te lire, et d’imaginer la scène…
    gros bisous
    Nelly

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