Free yourself

Vivre et grandir au coeur de l'Alaska

 

An ordinary life

Kenny Lake, 3 décembre

Le Grand Froid continue. Selon Matt, c’est la plus longue période de froid depuis bien 5 ans, et aussi tôt en saison. Plus de 10 jours que ça dure, entre -30° et -40°C. Par ces températures, rester en pyjama toute la journée n’est pas de la fainéantise mais du réconfort. Quand on pense que l’Hiver ne commence officiellement que le 21 décembre !

Tant de choses à écrire et si peu de temps pour être suffisamment posée pour le faire et bien. Mettre par écrit sa pensée n’est pas facile. Tout au long de la journée, je pense à des choses que je pourrai mettre dans le blog et quand j’arrive devant l’ordi, mes pensées se sont envolées. Mes mots sonnent plats comparés à tout se que nous vivons au quotidien et intérieurement.

C’est assez incroyable la différence entre le monde extérieur et intérieur. A passer la journée à l’intérieur, on en oubli que derrière les murs de notre chalet, frontière de quelques centimètres d’épaisseur seulement, c’est un autre monde, pourtant tout aussi réel que celui de notre chalet-cocon bien chaud. Si cela peut paraître dingue d’avoir à sortir par –40°C pour aller aux toilettes, ce besoin primaire à le mérite de nous ramener à une autre réalité, celle de la Nature. On se rend compte que l’on vit tous dans son « monde », mais il en est un autre qui est crument réel : le froid du Grand Nord.  Dans cet environnement, on ne survit pas plus de quelques heures dans le froid sans protection. Ça nous rappelle notre inadaptabilité à cet environnement sans notre technologie. Un petit oiseau peu survivre par ici, mais nous, sans fourrure ni plumage, nous sommes tellement plus fragiles ! Sortir nous fait donc apprécier encore davantage le confort de notre chalet et de voir depuis dehors les lumières par les fenêtres quand il fait nuit noire et si froid, fait quelque chose au cœur d’inexplicable. On se sent reconnaissant d’avoir un toit sous la tête et on rentre toujours le sourire aux lèvres, heureux de retrouver la chaleur du feu et de réchauffer nos joues froides. Et puis souvent, nous sommes récompensés de notre bravoure lorsqu’assis sur le siège des toilettes, nous avons porte ouverte sur la pleine lune, un ciel étoilé parfait ou une aurore boréale à couper le souffle. On se sent alors sacrément privilégiés !

Blague à part, comme il faut 5 minutes pour enfiler tout l’attirail de vêtements avant de sortir, mieux vaut ne pas être constipé car on ne peut sérieusement pas rester plus de quelques minutes dehors avec le pantalon sous les genoux !

L’autre matin, il fait -36°C au réveil. Matt sort du lit pour ajouter quelques bûches dans le poêle. Le feu s’était presque éteint durant la nuit et il fait un peu frais à l’intérieur. On descend Timothy dans son couffin suspendu, emmitouflé dans une couverture. Debout près du poêle à bois, je le serre dans mes bras le temps que la pièce se réchauffe. Près de la fenêtre, le thermomètre indique 9°C. La porte d’entrée laisse passer les courants d’air et on sent le froid passer même avec notre rideau de fortune. Ça me donne des frissons quand on ouvre la porte et que l’air glacial entre comme un nuage de brume. Et encore, le nouveau sas d’entrée rend l’air moins froid que les hivers précédents !

Nous n’avons plus d’eau dans le réservoir depuis la veille et il nous faut démarrer le truck pour aller chercher de l’eau au puits communautaire. Matt sort dehors démarrer le générateur pour le brancher sur le truck afin de réchauffer l’huile du moteur. Sans quoi, le truck ne démarre pas tout seul par cette température. Matt revient quelques secondes plus tard avec la prise électrique. Les trous de l’embout sont bouchés par de la glace et il faut laisser la prise se réchauffer près du poêle quelques minutes. Il faudra ensuite laisser le générateur tourner deux heures avant de pouvoir utiliser le truck.

Nous sommes aussi presque à vide de propane pour la gazinière. Notre bouteille de secours est vide également (avons oubliés de la recharger) et par ces températures, on ne peut les remplir à l’épicerie locale car c’est dur sur le système de pompe. Pour économiser eau et propane, nous faisons fondre de la neige dans une grande casserole pour l’eau des chiens et chauffer notre eau du café sur le poêle.  En fait, ce poêle, c’est vraiment notre sauveur ! On peut vivre sans eau ni propane car on peut faire fondre de la neige et chauffer de l’eau, et cuisiner sur le poêle. Ici, notre survit dépend de notre stock de bois ! Encore une fois, nous sommes bien peu de chose sans chauffage et le bois qui alimente le poêle, qui entretien le FEU qui nous réchauffe, sont tous trois liés à notre Salut !

Chacun son tour, nous affrontons le froid pour aller aux toilettes et au passage, je vois les chiennes dans l’entrée toutes couvertes de gèle. J’ai toujours un pincement au cœur pour elles, quand on se rappelle qu’elles ont passé les deux derniers hivers à l’intérieur !

Le truck est prêt, j’ai nourri Timothy. Matt part avec lui au puits remplir notre citerne à l’arrière du truck. Il faut une bonne demi-heure pour la remplir et nous sommes à 10 minutes en voiture du puits.  Dès son retour, Matt ne perd pas une seconde pour transvaser l’eau à l’arrière du truck vers notre réservoir à l’intérieur. Tant que l’eau était en mouvement pendant le trajet elle ne gèle pas, mais une fois à l’arrêt, il ne faut pas longtemps ! Déjà le bouchon qui ferme la citerne est gelé et il faut casser la glace autour pour l’ouvrir. Matt installe les tuyaux pour faire le transfert d’eau. Aie ! Il revient au bout de quelques minutes à l’intérieur avec les tuyaux qui sont bloqués de glace par endroit ! Nous les avons rentrés le matin et mis près du poêle pour les réchauffer, mais apparemment, certaines parties ont de l’eau encore gelée à l’intérieur de la fois précédente. Pas une minute à perdre : Matt va vider la citerne dans le jardin ! Tout ça pour rien mais il vaut mieux vider la citerne avant qu’elle ne gèle solide où on ne pourra plus s’en servir de l’hiver !

Le lendemain, deuxième essai. Cette fois les tuyaux ont passé 24H à l’intérieur et on est sûrs qu’ils sont prêts à fonctionner. Même procédé que la veille. Matt revient avec la citerne rempli d’eau et branche de suite les tuyaux pour le transfert. Hélas ! Au bout de 5 minutes à peine, l’eau gèle dans les tuyaux. La pression n’est pas assez forte et surtout nos tuyaux pas assez épais pour protéger l’eau du gel. Matt a toujours le sourire aux lèvres (moi je pesterai déjà depuis longtemps). Il ne se décourage pas et décide de transvaser l’eau à la main via des jerricanes de 20 litres ! Et c’est parti pour les aller-retour citerne du truck/réservoir de la maison. Il transfert ainsi la moitié de l’eau de la citerne!! Une 20° d’aller-retour, soit environ 400 litres ! Il vide ensuite le reste de l’eau dans le jardin pour ne pas lui laisser le temps de geler dans la citerne. Autant dire qu’après ça, on fait attention avec l’eau. Je n’ose plus prendre de douche ni laver le linge à la main ! Moralité : pour vivre en Alaska, il faut soit vivre avec un gars bien costaud pour couper du bois et gérer l’eau… ou bien en être un soi-même. Personnellement, je ne vivrai pas en Alaska toute seule par ces conditions ! J’en rit dans le blog, mais c’est parce que je sais que derrière, il y a Matt qui assure pour faire de notre mode de vie quelque chose de confortable et unique !

Merci à Timothy pour sa super méga sieste qui m’a permis d’écrire tout ça en quelques heures!

 

 

 

 

Dans : Non classé
Par judithpuzzuoli
Le 4 décembre, 2012
A 4:15
Commentaires : 2
 

2 Commentaires

  1.  
    Elisabeth et Henri
    Elisabeth et Henri écrit:

    En attendant de vous voir en janvier, nous souhaitons la bienvenue à Timothy sur notre magnifique planète bleue…

    Elisabeth et Henri

  2.  
    Lilou
    Lilou écrit:

    Question comme ça, là, en passant: si j’ai bien compris, d’une part il fait entre -30 et -40 dehors, il faut 5 minutes pour s’habiller suffisamment pour supporter de sortir 2 minutes faire son pipi (j’ose pas imaginer une infection urinaire ou une constipation), là, bien obligée, tu mets tes fesses à l’air; d’autre part vous avez une scierie pas loin puisqu’elle vous fournit du bois de construction; tercio le compost fait partie de votre quotidien naturel; et de quatre, c’est pas les bras qui vous manquent. Alors je me demande, bon sang, mais pourquoi est-ce que vous n’avez pas de toilettes sèches DANS la maison. Ce serait mieux que le pot de chambre question odeur et mieux que dehors question température.
    Voici un exemple: http://lemaquisvert.com/site/les-toilettes-seches/
    C’est chez des gens qu’on est allés voir cet été. Franchement, des toilettes sèches comme ça tu peux en avoir au pied du lit sans problème. On a dormi dans leur ancienne maison de 27m². Les toilettes sèches sont situés à un peu plus d’1m de la table où on mange. Aucun problème d’odeur. On y était en été. J’ai vidé le seau une fois en 2 jours. Si c’était chez nous j’aurais mis un seau de moins grande hauteur, tant pour être mieux assise vu que je suis pas grande, que pour que ce soit moins lourd (cf tendinite chronique au bras).
    Je t’indique ça parce que je ne sais pas si tu connais: ma soeur connaissait une autre version des toilettes sèches, qui suppose un trou dehors ou sous la maison (vide sanitaire de grande hauteur pour retirer le tas déjà plus ou moins composté), ce qui fait que les toilettes sont soit dehors, soit en communication directe avec dehors. Brr, gla gla. Au contraire, cette version des toilettes sèches permet tout le luxe d’un intérieur cosy. Les aurores boréales en moins. Mais t’inquiètes, faut sortir le seau. T’es juste mieux couverte c’est tout.
    Bises
    Lilou

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